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John Gotti : Le Don en Teflon - Troisième Partie

5 Mai 2013 , Rédigé par Xav + A.S Publié dans #Gambino

John Gotti : Le Don en Teflon - Troisième Partie

Quelques semaines plus tard, John Gotti nomma Franck LoCascio comme "Consigliere" et Salvatore Gravanno comme "Underboss". John Gotti devenait de plus en plus arrogant, il pensait dégagé une aura qui le protégait de toutes inculpations. Dans son livre "Underboss", Salvatore Gravano raconta une journée typique de John Gotti à la tête de la famille Gambino. "John Gotti se levait généralement vers onze heures, il enfilait un jogging et quittait sa maison pour aller directement à son club social" A l'intérieur, John Gotti avait accroché sa photo de lui en couverture du "Time". Dans le club Social, il y avait un véritable salon de coiffure, ou le coiffeur passait tous les jours. Un de ses associés lui préparait ses costumes fait sur mesure. John Gotti adorait s'habiller et il fallait que tout soit impeccable. Il dénigrait facilement certains membres de sa famille qui ne faisaient pas effort selon lui sur leur tenue vestimentaire. Une fois préparé, il partait directement dans son deuxième club social le Ravenite avant de terminer sa soirée dans les boites de nuit branchées de New-York. Pour Salvatore Gravano, John Gotti était "tombé amoureux de lui même", tous les médias s'acharnaient sur lui et John Gotti adorait ca. Il avait du charisme, du charme, et pour lui, il avait son "public" et il devait faire bonne figure devant lui. Il adorait se vanter devant les membres de sa famille qu'il avait perdu plus de 10000$ sur un match ou qu'il avait faillit raflé un pactole à cause d'un pari sportif. John Gotti voulait "changer l'image de la Cosa Nostra". Pour lui les Boss de la Cosa Nostra étaient ringards, car ils voulaient rester à l'écart des journalistes. Pour John Gotti, un Boss de la Cosa Nostra doit arriver au procès avec on costume, ses bijoux pour leur en mettre plein la vue. "Il ne faut pas arriver comme Tony Ducks (Anthony Corallo, Boss de la famille Lucchese) qui est arrivé à son procès déguisé en pauvre vieux pour apitoyer les jurés. Quand les gens vont au cirque, c'est pour voir des lions, des tigres, pas des clowns" disait-il.
Après tous ses procès perdus, le gouvernement Américain avait pris un gros coup sur la tête. Des millions dollars avaient été dépensés inutilement pour arriver finalement qu'à des acquittements. Une semaine après le verdict contre John O'Connor, le FBI se réunit dans un lieu tenu secret. Jules Bonavolonta un des patrons du FBI présida la réunion. Le plan était simple, il fallait investir tous les moyens possibles pour mettre John Gotti en prison définitivement. Il ne voulait pas que le FBI se disperse dans des affaires sans intérêt qui renforceraient le prestige de John Gotti. Pour les agents du FBI, les écoutes du "Ravenite", le club social de John Gotti allaient forcement mener à une condamnation pour le Boss de la famille Gambino. Le problème était que ce club social se situé en plein "Little Italy" et la moindre presence suspecte était tout de suite repérée. La première étape des agents du FBI était de s'installer avec une fourgonnette banalisée et de photographier toutes les personnes qui entraient et sortaient du "Ravenite". Salvatore Gravano l'ancien "Underboss" de la famille Gambino raconta à Peter Maas son biographe : "Quand j'étais au "Ravenite", j'étais persuadé que le club social était rempli de micros. J'en ai parlé à John en lui demandant pourquoi il continuait à venir en sachant que le "Ravenite" était en permanence contrôlé. Il m'a répondu qu'il savait ce qu'il faisait et qu'il emmerdait le gouvernement". Face à cette surveillance, Gerald Shargel l'un des avocats de John Gotti déclara devant la presse que : "Le FBI s'acharnait contre son client avec des théories et non des preuves". Bruce Cutler le deuxième avocat de John Gotti dénonça "la chasse aux sorcières" mené par le gouvernement Américain contre son client. Ce dernier était tellement en admiration envers son client, qu'il copiait sa façon de s'habiller et se comportait comme un vrai "Affranchi". Pour les agents du FBI qui surveillaient les moindres faits et gestes de John Gotti, Bruce Cutler "arrivait au "Ravenite" et commençait à embrasser tout le monde, comme s'il mourait d'envie d'être lui aussi initié". Depuis plus d'un an et demi, un micro était dissimulé dans son club social, le "Ravenite". Mais les mafieux avaient pris l'habitude de ne jamais parler de leurs affaires dans leurs clubs associatifs. Des centaines d'heures d'enregistrement ne donnaient rien qui pouvait permettre d'inculper John Gotti. Mais une chose de bizarre préoccupait fortement les agents du FBI. La voix de John Gotti pouvait disparaitre des conversations pendant plusieurs heures.

Pour eux c'était évident que John Gotti allait dans un autre endroit pour parler des affaires de la famille Gambino. Situé au rez de chaussé d'un immeuble de Mulbery Street, le "Ravenite" avait sa propre entrée. Une deuxième entrée donnait sur des logements qui se situaient au dessus du club social. Un de ces appartements appartenait à Michael Cirelli, un ancien "Soldat" de la famille Gambino qui était décédé depuis des années. Sa femme vivait encore dedans et le FBI apprit par plusieurs témoins que l'ancien "Underboss" de la famille Gambino Neil Dellacroce y tenait certaines de ses réunions à l’intérieur. Pour les agents du FBI, il semblait logique que John Gotti y venait également pour discuter de sujets sensibles. Les services du procureur obtinrent l'autorisation d'y poser un micro. Quand la veuve partit rendre visite à sa famille en Floride pour "Thanksgiving", le FBI en profita pour s'introduire dans l'appartement et installer les micros à différents endroits. Les enregistrements dépassèrent tout ce que pouvait espérer le gouvernement. Le FBI avait passé plusieurs mois à écouter des bandes audio venant du "Ravenite" sans rien trouver, à part des infos sur des paris sportifs. En quelques jours d'écoute dans l'appartement de Nettie Cirilli, John Gotti s'identifiait clairement comme le Boss de la famille Gambino. Dans ces enregistrements, il déclarait avoir ordonné le meurtre de Roberto DiBernardo, Louis Milito et Louis DiBono. Grâce à ces enregistrements, le gouvernement avait les moyens d'inculper John Gotti pour plusieurs meurtres dont celui de Paul Castellano. Une bataille de territoire éclata donc alors entre les différents procureurs fédéraux. Ils savaient que cette affaire allait être fortement médiatisée. Après plusieurs mois de négociations, celle-ci fut confiée au District Est des procureurs Maloney et Gleeson. Aux États-Unis, pour inculper quelqu'un, il faut passer devant un grand jury qui a le pouvoir de mener une procédure contre plusieurs personnes. Celui ci fut convoqué en secret et elle décida d'inculper l'administration de la famille Gambino, John Gotti, Salvatore Gravano et Frank Locascio. Leur arrestation était prévue pour le 11 Décembre 1990 dans la nuit au "Ravenite" le club social de John Gotti.
Le 11 Décembre 1990, George Gabriel, le responsable de "l'escadron" en charge de la surveillance de la famille Gambino etait prêt. Le mandat d'arrêt en main, il quitta son bureau avec plusieurs agents vers le "Ravenite". C'était un moment crucial pour George Gabirle mais aussi pour le FBI en particulier, il ne fallait pas faire d'erreur. Si John Gotti s'en sortait encore une seule fois, il deviendrait alors invincible et tout le monde penserait que le gouvernement s'acharnait contre lui. Il faisait nuit quand les agents arrivèrent devant le club social de John Gotti. A l’extérieur, certains associés étaient en train de fumer tranquillement leur cigarette. Ils surveillaient sans aucun doute les différentes personnes qui s'approchaient du "Ravenite". Mais George Gabriel était connu de la famille Gambino, ce n'était pas la première fois qu'il venait ici et tout le monde savait qui il était. Il était déjà venu plusieurs fois pour discuter avec certains membres de la famille Gambino dont John Gotti. Une certaine relation s'était installée entre les agents du FBI en charge de la surveillance de la famille Gambino et les mafieux eux-mêmes. Pas de l'amitié, mais une certaine forme de respect. Les membres initiés savaient que ses agents n'étaient pas des "vulgaires flics de bas étages", qu'ils allaient droit au but.
John Gotti savait par son avocat qu'il allait bientôt se faire arrêter. Bruce Cutler l'avait interpellé à l'arrière de son club. Il lui avait proposé de plaider coupable de toutes les charges retenues contre lui, de faire un marché avec le procureur pour que sa peine de prison soit réduite. John Gotti lui avait lancé d'un ton agressif : "Tu sais à qui tu parles?. Je te le répète, personne dans la famille Gambino ne plaidera coupable". Le même jour, le FBI enregistra une conversation entre Franck Locascio et John Gotti dans l'appartement de Nettie Cirilli. Ce dernier se plaignait de son "Underboss" Salvatore Gravano et de l'importance qu'il prenait dans la famille Gambino. Il dénigrait son bras droit, en racontant qu'il avait liquidé plusieurs membres de la famille Gambino pour reprendre leurs affaires. Il laissait supposer qu'il pouvait lancer un contrat contre lui s'il ne changeait pas d'attitude envers la "borgata", la famille. Il parla aussi de la prison de "Marion" (Prison Fédérale dans l'Etat de L'Illinois), il racontait que s'il était condamné, le gouvernement ne le lui ferait pas de cadeaux. Il l'enfermerait vingt trois heures par jour dans une cellule avec seulement un coup de fil par nuit. Il répondit clairement qu'il "préférait mourir dans une cage et qu'il enterrerait ses enculés. Je serai Cosa Nostra jusqu’à ce que je meure. Que ça se passe dans une heure, cette nuit ou dans cent ans, je serai toujours Cosa Nostra".
Dans le livre de Fabrizio Calvi "FBI : L'histoire du bureau par ses agents", George Gabriel raconta comment il avait procédé à l'arrestation de John Gotti. Il entra dans le club social, celui-ci était bonde. La plupart des personnes présentes buvaient un verre au bar, d'autres discutaient à une table. John Gotti avait ordonné à ses "capitaines" de se montrer au moins trois fois par semaine au "Ravenite". George Gabriel essaya par le brouhaha ambiant de se faire entendre. "Vous savez qui je suis, je connais la plupart d'entre vous. Je veux parler à John Gotti", "Il est au font du club, répondit un membre de la famille Gambino". A l'arrière du club, John Gotti était assis à une table avec Salvatore Gravano et Franck Locascio en train de jouer aux cartes. Détendu face à la présence des agents du FBI, il décida de ne pas les suivre tant qu'il n'avait pas bu un dernier expresso. Les agents n'ont rien pu dire et ils ont laissé John Gotti faire son "numéro" devant tout le monde. Une fois terminé, il savait qu'à sa sortie les journalistes seraient déjà présents pour le filmer. Il sortit sourire aux lèvres, face aux médias avant de monter tranquillement dans une voiture de police. Une semaine après son arrestation, un de ses avocats, Gerald Shargel réclama les enregistrements du FBI affirmant que son client avait le droit à un procès équitable. Le juge Léo Glasser, refusa de libérer sous caution les trois accusés affirmant que "Libérer les accusés pouvait compromettre la sécurité des habitants". John Gotti, Franck Locascio et Salvatore Gravano furent incarcérés dans une partie du "Metropolitan Center" la plus privative, appelée "Isolement Total". Ils n'avaient aucun contact entre eux, ni avec les autres détenus. Ils étaient enfermés vingt trois heures par jour dans leur cellule. D'après Salvatore Gravano "Tout le huitième étage est au régime sécurité maximum, mais l'IT c'est le maximum du maximum. Il parait que la prison fédérale la plus dure du pays, c'est "Marion", mais ca ne pouvait pas être pire qu'ici. Ca grouillait de cafards, de rats, de tout ce que vous voulez". Les avocats des accusés reçurent un coup de massue sur la tête quand ils apprirent la décision du juge Léo Glasser. Ils ont interdiction de représenter leur client. En effet, la plupart d'entre eux, avaient été enregistrés en train de "conseiller" la famille Gambino pour déjouer les enquêtes de la justice. De ce fait ils s'étaient rendus inéligibles pour le procès. En sortant du palais de justice, les avocats encore abasourdis par la décision du juge glissèrent aux journalistes présents : "Nous sommes très fiers de la manière dont nous avons défendus ces hommes".
Le 02 juin, le juge convoqua les trois accusés pour leur faire écouter les bandes secrètes que détenait le FBI. Dans ces enregistrements, on pouvait entendre clairement John Gotti déblatérer sur Salvatore Gravano. Les enregistrements montraient John Gotti essayant de se faire passer pour un Boss indulgent face à Salvatore Gravano qui ne faisait que selon lui que demander des autorisations pour liquider certaines personnes. Pour John Gotti, Salvatore Gravano était en train de créer une autre famille dans la famille Gambino. Dans le tribunal, alors que les accusés écoutaient les enregistrements, John Gotti resta impassible, seuls ses doigts tapoter sur la table. Pour Salvatore Gravano c'était autre chose, son visage devint livide, ses yeux devinrent vitreux, il était très en colère. L'équipe de procureurs avait réussi leur coup et elle pouvait maintenant se concentrer à faire "changer de camp" Salvatore Gravano. Ce dernier supportait de moins en moins depuis quelques temps le comportement de John Gotti. Pour Salvatore Gravano, le boss de la famille Gambino était trop médiatisé, il braquait tous les médias sur les activités de la famille mafieuse. John Gotti devenait de plus en plus égocentrique, ne prenant des décisions que pour faire plaisir à son "public". John Gotti avait l'intention de tout mettre sur le dos de son "bras droit" et faire passer Salvatore Gravano comme un chien enragé, un tueur dégénéré. Il voulait que Salvatore Gravano soit condamné à sa place car selon lui la "Cosa Nostra" avait besoin de John Gotti.
La sélection du jury fut fastidieuse, la plupart des jurés étaient effrayés de participer au procès de John Gotti. Les médias avaient une grande influence sur l'impact du procès, laissant sous entendre que John Gotti allait être impliqué dans six meurtres supplémentaires. Le juge Léo Glaser énervé par cette attitude avait même l'intention de déplacer le procès dans un autre État provoquant la colère des avocats de John Gotti et de ce dernier. John Gotti déclara à l'un deux : "Il va le déplacer ou ce putain de procès ? A Stuttgart?" puis pendant une interruption de séance, il en profita pour se moquer d'un des procureurs, il lança à ses avocats "A quand remonte la dernière fois que ce connard s'est lavé les cheveux?". Le parquet avait dû prendre toutes ses précautions. Le jury devint anonyme, et ses membres avaient été isolés du monde extérieur. Le procès s'ouvrit le 12 février 1992 dans un climat de tension extrême. A son premier jour, les agents du FBI George Gabriel et Lewis Schiliro essayèrent de décrire l'organisation de la famille Gambino et d'expliquer les différentes bandes enregistrées dans le "Ravenite" et dans l'appartement de Nettie Cirilli. Ensuite venait le tour de Deena Milito, en larme elle essaya d'expliquer la relation qu'elle entretenait avec son père Louis Milito, un soldat de la famille Gambino exécuté sous les ordres de John Gotti et très proche de son bras droit Salvatore Gravano. Le jury entendit ensuite les enregistrements ou John Gotti affirmait clairement avoir ordonné l'ordre d'exécuter Roberto Dibernardo, Louis DiBono et Louis Milito. Sur cet enregistrement, John Gotti blâmait Salvatore Gravano d'avoir insisté auprès de lui pour exécuter ses anciens amis. Mais il fallut attendre le 12 mars 1992 pour entendre le témoin vedette dans ce procès en la présence de Salvatore Gravano. Ce dernier après plusieurs semaines de réflexion décida de collaborer avec le gouvernement en échange d'une remise de peine. Son témoignage allait être dévastateur pour John Gotti. Il connaissait tout de la Cosa Nostra et était surtout concerné de près ou de loin par toutes les activités de son ancien Boss.
Le 12 mars 1992, Salvatore Gavano rentra dans le tribunal sous escorte policière,un silence de mort régnait dans la salle. Des émissaires de John Gotti avaient essayé de faire venir sa femme dans le tribunal pour le destabiliser mais cette dernière refusa de venir. Assis à la barre des témoins, il prêta serment. John Gotti fixa son ancien bras droit d'un regard glacial, mais ce dernier ne baissa pas les yeux et calmement il répondit aux questions du juge Leo Glasser. Le contre-interrogatoire mené par l'équipe d'avocats de John Gotti fut cinglant. Ils comparèrent Salvatore Gravano à un "tueur en série", un "maniaque" prêt à tout pour s'en sortir et que le gouvernement avait conclut un accord avec lui pour une peine maximale de 20 ans de prison pour dix neuf meurtres. Les jurés avaient commencé leur délibération au 1er avril. Certains médias pensaient que le jury allait mettre plusieurs jours à trouver un verdict dans cette affaire, il leur avait fallu seulement que quatorze heures. Quand le juge Léo Glasser demanda au jury de lire le verdict, un des jurés se leva et déclara : "Nous le jury déclarons à l'unanimité les accusés John Gotti et Franck Locascio coupables de toutes les charges retenues contre eux". John Gotti resta de marbre alors que plusieurs membres de la famille Gambino et de sa famille proche crièrent au scandale. John Gotti glissa ces quelques mots à l'oreille de son avocat "Ne t'inquiètes pas cela ne fait que commencer". Ils furent immédiatement emmenés tous les deux par les US Marshalls qui les accompagnèrent jusqu’à leur cellule. Il ne restait plus qu'à attendre maintenant la determination de leur peine que le juge Léo Glasser fixa au 23 juin. Debout devant le juge Léo Glasser, ce dernier demanda si les accusés avaient quelque chose à dire. John Gotti répondit négativement de la tête alors que Franck Locascio en profita pour dire : "Je voudrais simplement dire que je suis innocent. Je suis seulement coupable d'être un bon ami à John Gotti". Léo Glasser rendit alors la sentence en condamnant les deux accusés à des peines de prison à vie aucune possibilité de libération conditionnelle à purger dans un établissement fédéral. John Gotti fut transféré dans la prison de "Marion" dans l’État de l'Illinois alors que Frank Locascio fut transféré dans la prison de "Terre-Haute" dans l'Indiana.

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